L’Etat aide les propriétaires à faire leur bilan énergétique

Par Antoine Grosjean | Tribune de Genève

Des spécialistes analysent les photos infrarouge pour visualiser les déperditions de chaleur des bâtiments

Les images thermographiques prises en 2011 dans le canton permettent de visualiser les déperditions de chaleur des bâtiments. DR

 

Le choc des images. C’est ce sur quoi compte l’Etat pour aider les propriétaires à savoir si leurs bâtiments sont de véritables passoires thermiques qui mériteraient d’être mieux isolées. Au début de 2011, un hélicoptère avait survolé le canton pour prendre des clichés thermographiques du parc immobilier. Ces images, saisies par une caméra à infrarouge, permettent de visualiser les déperditions de chaleur des bâtiments. Elles sont désormais disponibles sur le site Internet du cadastre (www.ge.ch/sitg). Mais pour le néophyte, elles ne sont pas forcément aisées à interpréter. Par exemple, à température égale, les résultats à l’infrarouge peuvent varier en fonction des matériaux.

Gros potentiel d’économies
L’Etat a donc mis sur pied une équipe d’écoconseillers, formés spécialement à la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève (Hepia), afin d’aider les propriétaires à faire l’analyse de ces clichés. «Pour les convaincre de la nécessité de travaux d’assainissement sur leurs biens immobiliers, il n’y a pas de meilleure preuve que la photo», remarque la conseillère d’Etat en charge de la Sécurité et de l’Environnement, Isabel Rochat. «Il est temps de mettre en pratique le gisement de renseignements obtenus lors de la campagne de thermographie aérienne. Alors qu’à Genève, 35 000 bâtiments consomment la moitié de toute l’énergie utilisée dans le canton, essentiellement via des ressources fossiles telles le gaz et le mazout, l’amélioration de leur efficacité énergétique représente le plus gros potentiel d’économies d’énergie.»

Mesures progressives
Le service est payant mais en grande partie subventionné par le Canton, par l’intermédiaire des communes (voir encadré). Son coût final pour l’Etat dépendra du nombre de propriétaires qui y auront eu recours. Mais, sur la base d’une estimation grossière, une enveloppe de 100 000 fr. est déjà prévue dans le cadre du Chèque bâtiment énergie. «Malgré cette dépense, le canton sera gagnant à terme, puisque son bilan énergétique aura été amélioré et ses émissions de CO2réduites», souligne Isabel Rochat, en ajoutant que les émissions de l’hélicoptère utilisé pour les mesures thermographiques ont été compensées par l’achat de certificats CO2.

La démarche se veut incitative. «Les images thermographiques ne seront pas utilisées pour épingler les propriétaires de bâtiments trop gourmands en énergie, précise la magistrate. Il ne s’agit pas de faire le gendarme, mais de promouvoir une meilleure utilisation de l’énergie.»

Pour des mesures plus contraignantes, il faudra encore attendre. C’est en effet seulement l’année prochaine que la nouvelle Loi sur l’énergie, entrée en vigueur en août 2010, commencera progressivement à porter ses fruits. Dès 2013, les propriétaires d’immeubles de plus de cinq logements (dès 2014 pour les bâtiments plus petits) devront fournir à l’administration leur indice de dépense de chaleur (quantité d’énergie consommée au m2). Des travaux devront alors obligatoirement être entrepris dans les immeubles les plus gourmands.

Pourquoi un tel délai entre l’entrée en vigueur de la loi et ses premiers effets? Parce que les calculs de consommation d’énergie se font sur trois ans, afin d’obtenir une moyenne et de pondérer le facteur météorologique. Le fait que la méthode de calcul de l’indice ait entre-temps été modifiée pour gagner en précision n’a rien fait pour accélérer le processus.

Créé: 19.5.2012, 0h00